Monsieur le Président,

Conformément au règlement de la Chambre des Députés, je vous prie de bien vouloir transmettre la question urgente suivante à Monsieur le Premier Ministre.

La catastrophe nucléaire qui se développe actuellement au Japon, pays disposant pourtant d’une technologie de pointe et d’une conscience historique du risque de la fission atomique, prouve si besoin en était les risques incalculables de ce type de production d’électricité.

Malgré la forte opposition de la population du Luxembourg et de la Grand Région au moment de sa construction, une des plus grandes centrales nucléaires au monde a été érigée à moins de 10 kilomètres de la frontière du Grand-Duché: le «centre nucléaire de production électrique» de Cattenom.

Même sans évoquer le risque d’un cataclysme naturel plus important que celui retenu pour la conception du centre nucléaire, le CNPE de Cattenom est trop régulièrement l’objet «d’incidents », comme le prouve la liste des avis d’incidents publiés par la très officielle «Autorité de sûreté nucléaire» (ASN).

Pour les seuls 12 derniers mois, on peut retenir:

  • Anomalie de conformité concernant la tenue au séisme des pompes des circuits d’eau brute secourue des réacteurs n° 1 et 2 (avis du 18 février 2011, incident au niveau 1 de l’échelle INES)
  • Présence de radioactivité dans le circuit de distribution d’eau déminéralisée (avis du 9 février 2011, avec rejet ponctuel de tritium dans l’environnement)
  • Indisponibilité partielle du système ASG d’alimentation de secours en eau des générateurs de vapeur en raison d’une teneur en eau élevée dans l’huile de graissage (avis du 22 décembre 2010, incident au niVeau 1. de l’échelle INES)
  • Sortie du domaine de fonctionnement autorisé du réacteur n°l (avis du 14 septembre 2010, incident au niveau 1 de l’échelle INES)
  • Détection tardive de l’indisponibilité d’une pompe d’alimentation de secours des générateurs de vapeur lors des opérations de redémarrage du réacteur n°4 (avis du 24 juin 2010, incldent au niveau 1 de l’échelle INES)
  • Non-prise en compte du retour d’expérience conduisant à l’indisponibilité d’une pompe du circuit de contrôle volumétrique et chimique (réacteur 1) (avis du 16 avril 2010, incident au niveau 1 de l’échelle INES)

Un grand nombre de ces «incidents» concernent directement l’alimentation des circuits de refroidissement alors que l’absence de refroidissement du combustible nucléaire est à l’origine de l’immense catastrophe qui frappe actuellement le Japon. Or, une catastrophe nucléaire à Cattenom aurait pour effet d’effacer le Grand-Duché de la carte du monde!

Dans ces circonstances, je souhaite poser la question suivante à Monsieur le Premier Ministre:

Le gouvernement luxembourgeois ne doit-iI pas demander à la France de faire cesser immédiatement l’exploitation du centre nucléaire de production électrique à Cattenom?

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées,

Gast Gibéryen

Député

Réponse de Monsieur le Premier Ministre, Ministre d’État à la question parlementaire urgente No 1317 du 15 mars 2011 de Monsieur le Député Gast GIBÉRYEN concernant le Centre nucléaire de production électrique à Cattenom.

En guise de réponse à sa question, je voudrais tout d’abord renvoyer Monsieur le Député au programme gouvernemental d’août 2009 qui précise que le Gouvernement maintient son attitude critique concernant l’énergie nucléaire. Dans cette perspective le Gouvernement s’emploiera au niveau européen à ce que les tests de résistance des centrales nucléaires européennes annoncés le 15 mars par la Commission européenne soient réalisés dans les meilleurs délais. Le Gouvernement a dans ce contexte pris connaissance avec satisfaction de la décision du gouvernement allemand consistant à arrêter pour au moins trois mois un certain nombre de réacteurs nucléaires dans le pays et à procéder à un examen de sécurité généralisé de son parc nucléaire, et de l’annonce faite par le Premier Ministre français à l’Assemblée nationale d’un contrôle détaillé de tous les réacteurs nucléaires en France et de leur résistance aux tremblements de terre et aux inondations.